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Les contes de fées sont-ils vraiment issus de la tradition orale ?
Certainement pas, affirme Ruth Bottigheimer, auteure d’une étude sur le
sujet qui pulvérise les idées reçues en la matière.
Elle montre ainsi
comment les conditions socioéconomiques de la Venise du XVIe siècle ont
donné naissance au « modèle Cendrillon » – celui d’une jeune fille
pauvre accédant au mariage et à l’argent grâce à une intervention
magique. A l’époque, le mariage entre nobles et roturiers était
interdit ; et la région traversait une récession économique. Pour
Bottigheimer, « l’environnement intellectuel était réceptif aux
histoires où la magie facilitait l’ascension sociale d’une personne
issue d’un milieu pauvre. » Ces contes s’inscrivaient dans l’imaginaire
collectif d’une société en voie d’urbanisation où l’on rêvait de
réussir. « Ce schéma narratif n’existait tout simplement pas avant 1550
», explique-t-elle dans une interview à la Chronicle of Higher
Education citée par Alison Flood dans le Guardian.
L’inventeur du conte de fée serait Giovanni Francesco Straparola,
auteur des Nuits facétieuses, le recueil qui comprend la première
apparition du Chat botté.
Selon Bottigheimer, c’est l’imprimerie et la
presse qui ont permis aux récits de Straparola d’essaimer partout en
Europe avant d’inspirer Charles Perrault et les frères Grimm. Ses
arguments ont déclenché une polémique dans le monde universitaire ; la
Chronicle rapporte qu’elle a même été huée lors d’une conférence à
Milwaukee (Wisconsin). Mais ses défenseurs soutiennent que notre
société assimile l’oralité à l’authenticité ; c’est par pure nostalgie
que l’on imagine les auteurs des contes de fées influencés par un passé
obscur et illettré.
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Une spécialiste américaine conteste l’origine orale des contes de fées. Le « modèle Cendrillon » aurait été inventé au XVIe siècle à Venise.
Ruth Bottigheimer enseigne la littérature enfantine et les contes à la Stony Brook University de New York.
En complément à l'article du n°12 de Books « Chatterton, un poète pas si maudit », voici un extrait de l'introduction à la pièce de théâtre Chatterton. Alfred de Vigny y expose sa vision du poète (paru chez Acte Sud et traduit de l'arabe par Hussein Emara et Moïna Fauchier Delavigne). Cet extrait est lu par Clémentine Jouffroy.
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