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Dimanche 3 mai 2009

La biographie controversée d’Atatürk

Soixante et onze ans après la mort de Mustafa Kemal, fondateur de la République de Turquie en 1923, le journaliste Can Dündar publie Mustafa, tiré du film documentaire du même nom sorti sur les écrans le jour anniversaire de la république, le 29 octobre dernier. L’ouvrage retrace la vie privée de celui qu’on surnomme « Atatürk », le « père des Turcs », et insiste sur des traits de caractère qu’on a peu l’habitude de voir dépeints dans le pays : solitude, doute, tabagisme, alcoolisme. « Pour la première fois depuis soixante-dix ans, Can Dündar nous montre le côté humain d’Atatürk derrière la statue de bronze au regard sévère », se réjouit Mehmet Ali Birand dans le quotidien Hürriyet. Audacieux pari dans un pays où le culte du père de la nation est omniprésent dans la vie quotidienne et la tradition politique populaire. « Atatürk est un irremplaçable héros de la Turquie. Personne n’est assez puissant pour l’assombrir ou le présenter différemment », estime quant à lui le journaliste Abbas Güçlü dans Milliyet. Avis partagé par une majorité de la population. Le seul titre du livre, Mustafa, est vécu par certains comme un affront. Hürriyet rapporte ainsi les propos de Gülnihal Soydan, avocate au barreau d’Istanbul : « Utiliser l’abréviation Mustafa à l’égard de celui que nous considérons comme notre père est un impardonnable manque de respect. » La sortie du documentaire avait déjà suscité une intense polémique, jetant une lumière crue sur les fractures sociopolitiques de la Turquie. Dans les cercles islamistes, où Mustafa Kemal a souvent été perçu comme l’ennemi, symbolisant l’abolition du califat et l’instauration du régime laïc, l’ouvrage est bien accueilli. « Le fait de critiquer Mustafa parce qu’il montre le côté humain, subjectif, d’Atatürk est le signe d’une forme de totalitarisme qui se cristallise dans le “kémalisme” », rapporte l’intellectuel Ali Ünal, proche des islamistes modérés, dans Yeni Safak. Quoi qu’il en soit, le succès du film documentaire et du livre ont le mérite réhumaniser le personnage d’Atatürk car, comme le rappelle Mustafa Akyol du Hürriyet Daily News, « Atatürk est encore traité, en Turquie, non pas comme un homme, mais comme un dieu ».

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