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Écrit d’une plume alerte, pleine d’humour, le court essai de la
Franco-Américaine Laurel Zuckerman sur les joies de la préparation à
l’agrégation d’anglais touche au cœur du système d’enseignement et à
ses maux. Publié en français en 2007 chez Fayard, le livre paraît aux
États-Unis, dans une petite maison de son Arizona natal (Summertile).
La crise de l’université lui donne une nouvelle actualité.
Alors qu’elle vivait en France depuis vingt ans avec mari et enfants,
Laurel, une ancienne d’HEC, perdit soudain son emploi et se dit qu’elle
pourrait enseigner l’anglais. Elle s’inscrivit à la Sorbonne pour
préparer l’agrégation. On lui expliqua bientôt que le fait de connaître
la langue ne lui servirait pas à grand-chose, au contraire. Les cours
ont lieu en français. La clé de la réussite est de savoir rédiger en
sept heures une dissertation sur un sujet du genre : « Le sens du temps
et le temps du sens ». Il est également essentiel de pouvoir « réciter
et discuter » des vers écrits dans un anglais archaïque,
incompréhensible pour un contemporain. La langue courante n’est pas
enseignée car les professeurs ne la pratiquent pas. Leur connaissance
est livresque. Ainsi, « pieds de cochon » ne saurait être traduit par
pig’s feet, ce qui est pourtant usuel, mais par pig’s trotters, ce que
personne ne dit. De même, les canards sont comme les poissons : selon
la Sorbonne, duck et fish ne se mettent jamais au pluriel (or ducks est
usuel et fishes s’emploie dans certains cas). Rien d’étonnant, dès
lors, que les jeunes Français sachent moins bien l’anglais que les
autres jeunes Européens, comme le confirment les évaluations
internationales : « Les Finlandais de 10 ans connaissent mieux
l’anglais que les professeurs d’anglais en France », écrit-elle.
Laurel Zuckerman a compris qu’au-delà du caractère rocambolesque de la
préparation de l’agrégation d’anglais, elle a touché du doigt un point
névralgique du système d’éducation français dans son ensemble. Ce qui
est en cause, c’est l’agrégation, une institution qui remonte au règne
de Louis XV. La préparation à ce concours ne comporte aucune
introduction au métier de professeur. Indépendamment du caractère
souvent inadapté du contenu de l’enseignement, c’est un concours très
élitiste, qui, avec le Capes, laisse sur le carreau près de 90 % des
candidats et donne aux autres l’absurde confort d’un poste à vie. Cela
crée une caste, qui va ensuite phagocyter les instances du pouvoir,
souligne Laurel Zuckerman. « En prenant pour cible une institution qui
date d’avant la Révolution américaine, écrit l’universitaire américain
Terence Beck dans Education Review, Laurel Zuckerman démontre comment
un système éducatif peut se développer à partir des programmes, leur
permettant de se perpétuer sans souci de leur impact sur les écoles et
la société. »
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Une Américaine ébahie raconte sa préparation de l’ « agreg » d’anglais. Edifiant.
Française d'origine américaine, Laurel Zuckerman a travaillé dans les systèmes logistiques avant de se consacrer à l'écriture.
L'empereur des Français doit sa chute à plus fort que lui : Alexandre, empereur des Russes. => LIRE LA SUITE
En complément à l'article paru dans le n°15 de Books « "Nous sommes pris au piège de la vitesse" » , voici un extrait lu, par Clémentine Jouffroy, d'Accélération, une critique sociale du temps.
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