En kiosque


Lien pour vous abonner
Lien pour acheter le numéro actuel

Qui sommes-nous ?

Le projet, l'équipe, on en parle...

Nos partenaires

Livre du jour

Votre rendez-vous quotidien

Article précédentArticle suivant

Vendredi 5 juin 2009

Préparer l’agreg : so crazy !

Écrit d’une plume alerte, pleine d’humour, le court essai de la Franco-Américaine Laurel Zuckerman sur les joies de la préparation à l’agrégation d’anglais touche au cœur du système d’enseignement et à ses maux. Publié en français en 2007 chez Fayard, le livre paraît aux États-Unis, dans une petite maison de son Arizona natal (Summertile). La crise de l’université lui donne une nouvelle actualité.
Alors qu’elle vivait en France depuis vingt ans avec mari et enfants, Laurel, une ancienne d’HEC, perdit soudain son emploi et se dit qu’elle pourrait enseigner l’anglais. Elle s’inscrivit à la Sorbonne pour préparer l’agrégation. On lui expliqua bientôt que le fait de connaître la langue ne lui servirait pas à grand-chose, au contraire. Les cours ont lieu en français. La clé de la réussite est de savoir rédiger en sept heures une dissertation sur un sujet du genre : « Le sens du temps et le temps du sens ». Il est également essentiel de pouvoir « réciter et discuter » des vers écrits dans un anglais archaïque, incompréhensible pour un contemporain. La langue courante n’est pas enseignée car les professeurs ne la pratiquent pas. Leur connaissance est livresque. Ainsi, « pieds de cochon » ne saurait être traduit par pig’s feet, ce qui est pourtant usuel, mais par pig’s trotters, ce que personne ne dit. De même, les canards sont comme les poissons : selon la Sorbonne, duck et fish ne se mettent jamais au pluriel (or ducks est usuel et fishes s’emploie dans certains cas). Rien d’étonnant, dès lors, que les jeunes Français sachent moins bien l’anglais que les autres jeunes Européens, comme le confirment les évaluations internationales : « Les Finlandais de 10 ans connaissent mieux l’anglais que les professeurs d’anglais en France », écrit-elle.
Laurel Zuckerman a compris qu’au-delà du caractère rocambolesque de la préparation de l’agrégation d’anglais, elle a touché du doigt un point névralgique du système d’éducation français dans son ensemble. Ce qui est en cause, c’est l’agrégation, une institution qui remonte au règne de Louis XV. La préparation à ce concours ne comporte aucune introduction au métier de professeur. Indépendamment du caractère souvent inadapté du contenu de l’enseignement, c’est un concours très élitiste, qui, avec le Capes, laisse sur le carreau près de 90 % des candidats et donne aux autres l’absurde confort d’un poste à vie. Cela crée une caste, qui va ensuite phagocyter les instances du pouvoir, souligne Laurel Zuckerman. « En prenant pour cible une institution qui date d’avant la Révolution américaine, écrit l’universitaire américain Terence Beck dans Education Review, Laurel Zuckerman démontre comment un système éducatif peut se développer à partir des programmes, leur permettant de se perpétuer sans souci de leur impact sur les écoles et la société. »

Tous les livres du jour

Incrivez-vous pour commenter cet article

Déjà inscrit ? Identifiez vous !

Abonnez-vous au flux RSS Le livre du jour