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Numéro 2 - Février 2009

Le droit de lire à haute voix

Pour Daniel Pennac, la lecture à voix haute est essentielle pour goûter la saveur d’un texte. « L’homme qui lit de vive voix s’expose absolument », écrit-il. Une critique du livre d'Araceli Tinajero, qui retrace l’histoire des lectures publiques dans les fabriques de tabac à Cuba au XIXe siècle est traduite dans le numéro de février.

Étrange disparition que celle de la lecture à voix haute.
Qu’est-ce que Dostoïevski aurait pensé de ça ? Et Flaubert ? Plus le droit de se mettre les mots en bouche avant de se les fourrer dans la tête ? Plus d’oreille ? Plus de musique ?
Plus de salive ? Plus de goût, les mots ? Et puis quoi, encore ! Est-ce que Flaubert ne se l’est pas gueulée jusqu’à s’en faire péter les tympans, sa Bovary ? Est-ce qu’il n’est pas définitivement mieux placé que quiconque pour savoir que l’intelligence du texte passe par le son des mots d’où fuse tout leur sens ? Est-ce qu’il ne sait pas comme personne, lui qui a tant bagarré contre la musique intempestive des syllabes, la tyrannie des cadences, que le sens, ça se prononce ?
Quoi ? des textes muets pour de purs esprits ?
À moi, Rabelais ! À moi, Flaubert ! Dosto ! Kafka ! Dickens, à moi ! Gigantesques brailleurs de sens, ici tout de suite ! Venez souffler dans nos livres ! Nos mots ont besoin de corps ! Nos livres ont besoin de vie !

Il est vrai que c’est confortable, le silence du texte... on n’y risque pas la mort de Dickens, emporté après une de ses harassantes lectures publiques.., le texte et soi... tous ces mots muselés dans la douillette cuisine de notre intelligence... comme on se sent quelqu’un en ce silencieux tricotage de nos commentaires !.. et puis, à juger le livre à part soi on ne court pas le risque d’être jugé par lui..., c’est que, dès que la voix s’en mêle, le livre en dit long sur son lecteur... le livre dit tout.L’homme qui lit de vive voix s’expose absolument. S’il ne sait pas ce qu’il lit, il est ignorant dans ses mots, c’est une misère, et cela s’entend. S’il refuse d’habiter sa lecture, les mots restent lettres mortes, et cela se sent. S’il gorge le texte de sa présence, l’auteur se rétracte, c’est un numéro de cirque, et cela se voit. L’homme qui lit de vive voix s’expose absolument aux yeux qui l’écoutent.
S’il lit vraiment, s’il y met son savoir en maîtrisant son plaisir, si sa lecture est acte de sympathie pour l’auditoire comme pour le texte et son auteur, s’il parvient à faire entendre la nécessité d’écrire en réveillant nos plus obscurs besoins de comprendre, alors les livres s’ouvrent grand, et la foule de ceux qui se croyaient exclus de la lecture s’y engouffre derrière lui.

Daniel Pennac, Comme un roman Gallimard 1992, extrait du chapitre Le droit de lire à haute voix.
Lecture : Clémentine Jouffroy


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Les commentaires

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Par Céline Bou Sejean, le jeudi 19 février 2009

A-t-elle vraiment disparu ?
Peut-être est elle en voie de (re)développement...
J'anime des ateliers de lecture où je lis à voix haute un texte littéraire à un groupe d'auditeurs, lesquelles laissent venir les images, pensées et souvenirs que suscitent le texte. J'ai été formée par Janine Méry, la créatrice des Lectures Plurielles, et sur sa trace, je cherche à créer un lien social de qualité grâce à la médiation de la littérature.
D'autres activités de lecture, plutôt lecture-spectacle se développent également, pas forcément sur la scène d'un théâtre.
Aidons-les à se développer, et à disséminer ainsi quelques graines de patrimoine littéraire pour le plus grand plaisir des homo culturis citoyenni que nous sommes tous sans exception !


 

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