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Numero 7 - Juillet-Août 2009

Le temps des lecteurs de rouleaux

Il fut un temps, celui de l'Antiquité grecque, où l'écrit n'avait pas la faveur des érudits, nous rappelle la journaliste Laura Miller dans un article repris dans le numéro d'été de Books. Mais que signifiait lire à l'époque de Socrate? L'historien Roger Chartier nous en donne une idée dans cet extrait du Livre en révolutions

La lecture antique est lecture d’une forme de livre qui n’a rien de semblable avec le livre tel que nous le connaissons, tel que le connaissait Gutenberg et tel que le connaissaient les hommes du Moyen Âge. Ce livre est un rouleau, une longue bande de papyrus ou de parchemin que le lecteur doit tenir des deux mains pour pouvoir la dérouler. Il fait apparaître devant lui des portions du texte distribuées en colonnes. Ainsi, un auteur ne peut pas écrire en même temps qu’il lit.
Ou bien il lit, et ses deux mains sont mobilisées pour tenir le rouleau. Il ne peut alors que dicter à un scribe ses réflexions, des notes, ou ce que lui inspire sa lecture.
Ou bien il écrit au cours de sa lecture, mais alors il a nécessairement refermé le rouleau et ne lit plus. Imaginer Platon, Aristote ou Tite-Live comme auteurs suppose de les imaginer comme lecteurs de rouleaux qui imposent leur contrainte propre.
Cela suppose de les imaginer, aussi, dictant leurs textes et donnant une importance à la voix infiniment plus grande que l’auteur des temps postérieurs qui, dans la retraite de son cabinet, peut écrire en même temps qu’il lit, consulte et confronte les ouvrages ouverts devant lui.

Roger Chartier, Le Livre en révolutions, Les éditions Textuel – 1997
Texte lu par Clémentine Jouffroy


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