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L'énigme de l'abbé travesti

Les Mémoires d’un travesti du XVIIe siècle français pourraient-ils éclairer la société brésilienne contemporaine ? La question réjouit l’anthropologue Hélio Silva, spécialiste du sujet. Dans un article du Jornal do Brasil, il s’empare d’un événement improbable : la traduction en portugais des Mémoires de l’abbé de Choisy.
Homme de cour plus que d’Église, écrivain, membre de l’Académie française, il circulait à la cour de Louis XIV habillé en femme. Travesti, il se pavanait dans les salons ou au théâtre, faisait la quête à l’église et partageait sa couche avec de très jeunes femmes…
Dans ses Mémoires, « ce truculent personnage, précurseur du marquis de Sade, se remémore, au crépuscule de sa vie, la façon dont, dans sa jeunesse, il fut femme ou homme selon ses états d’âme ». L’abbé était hétérosexuel, mais « devint réellement femme, sous l’identité de Mme de Sancy, comtesse des Barres, l’une des plus belles dames de la cour ». Or, aujourd’hui même, les « hétérosexuels forment la majorité du spectre travesti au Brésil », écrit l’anthropologue. Mais, tandis que c’est « une expérience cachée pour beaucoup de travestis hétérosexuels », l’abbé de Choisy, lui, ne se cachait nullement. L’explication ? « Pour l’homme de cour raffiné du siècle baroque, le plaisir consistait dans le jeu d’illusion et de trompe-l’œil », alors que les travestis d’aujourd’hui « viennent des classes populaires et font de leur “lutte” une forme de réalisation de soi. Ce qu’ils remettent en cause, c’est le caractère binaire des identités de genre et des orientations sexuelles, qui s’adosserait selon eux à un ordre moral, imposé par la société et non par la nature ».

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