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Physique

Le chat de Schrödinger expliqué : que signifie vraiment cette idée ?

Le chat de Schrödinger expliqué simplement : pourquoi Schrödinger a imaginé cette expérience, ce qu'elle dit de la superposition et du problème de la mesure.

Hugo MolletPar Hugo Mollet6 min de lecture
Un physicien pensif à son bureau couvert d'équations, un chat assoupi sur une chaise à proximité
Un physicien pensif à son bureau couvert d'équations, un chat assoupi sur une chaise à proximité
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Sommaire

Vous avez forcément croisé l'image : un chat enfermé dans une boîte, « à la fois mort et vivant ». Mais contrairement à ce qu'on croit souvent, le chat de Schrödinger n'est pas une preuve du mystère quantique — c'est une critique. En 1935, le physicien autrichien Erwin Schrödinger a inventé ce scénario pour montrer que quelque chose clochait dans la manière dont on interprétait sa propre théorie. Décryptage d'une métaphore aussi célèbre que mal comprise.

L'expérience de pensée, étape par étape

Imaginez une boîte hermétique. À l'intérieur : un chat, et un dispositif diabolique. Un atome radioactif a, disons, une chance sur deux de se désintégrer dans l'heure. S'il se désintègre, un détecteur déclenche un marteau qui brise une fiole de poison : le chat meurt. S'il ne se désintègre pas, rien ne se passe : le chat vit.

Jusqu'ici, rien de quantique au sens troublant. C'est de la simple probabilité, comme un jeu de pile ou face caché sous un gobelet. Le problème surgit avec la façon dont la mécanique quantique décrit l'atome.

Le hic : l'atome est dans une superposition

En physique quantique, tant qu'on ne l'a pas mesuré, l'atome n'est pas « désintégré » ni « intact ». Il est décrit par une superposition des deux états à la fois, chacun avec sa probabilité. Ce n'est pas une image : c'est ce que disent les équations, et c'est vérifié expérimentalement pour les particules.

Or, dans le scénario de Schrödinger, le destin du chat est mécaniquement relié à celui de l'atome. Si l'atome est dans une superposition, alors, en suivant la théorie à la lettre, le chat devrait l'être aussi : un chat à la fois mort et vivant. Et c'est précisément ce qui choquait son auteur.

Schrödinger n'a pas inventé ce chat pour nous émerveiller, mais pour nous alarmer : si la théorie aboutit à un chat mort-vivant, c'est peut-être la théorie qu'il faut interroger.

Pourquoi Schrödinger a-t-il imaginé cela ?

Il faut remettre l'histoire dans son contexte. Dans les années 1920-1930, l'interprétation dite « de Copenhague » (portée notamment par Niels Bohr) s'imposait : un système reste dans une superposition jusqu'à la mesure, qui « fait choisir » un résultat. Schrödinger, comme Einstein, trouvait cette idée profondément insatisfaisante.

Son chat est donc une réduction à l'absurde. L'argument tient en une phrase : si la superposition fonctionne pour un atome, pourquoi s'arrêterait-elle là ? En la propageant à un objet du quotidien — un chat —, on obtient un résultat qui contredit le bon sens. Donc, suggérait-il, notre compréhension de la mesure est incomplète.

Le vrai sujet : le « problème de la mesure »

Derrière l'anecdote féline se cache l'une des questions les plus profondes de la physique : le problème de la mesure. Tant qu'un système quantique évolue seul, il suit des équations parfaitement déterministes (l'équation de Schrödinger, justement). Mais dès qu'on mesure, on n'observe qu'un seul résultat, choisi semble-t-il au hasard.

Comment passe-t-on d'un « tout est possible à la fois » à un « une seule chose s'est produite » ? C'est cette frontière floue, jamais définie précisément par la théorie originelle, que le chat met en scène.

Quelques pistes de réponse

Les physiciens n'ont pas une réponse unique, mais plusieurs interprétations cohabitent :

  • La décohérence : en interagissant avec son environnement (l'air, la boîte, la lumière), un gros système perd quasi instantanément sa superposition. Cela explique pourquoi on ne voit jamais de chat superposé, sans pour autant trancher philosophiquement.
  • L'interprétation de Copenhague : la mesure provoque un « effondrement » de la superposition vers un seul état. Pratique, mais elle ne dit pas ce qui compte comme « mesure ».
  • Les mondes multiples (Everett) : il n'y a pas d'effondrement ; tous les résultats se réalisent, dans des branches d'univers parallèles. Le chat est vivant dans l'une, mort dans l'autre.
Interprétation Que devient le chat ? Point faible
Copenhague La mesure fixe un seul état « Mesure » mal définie
Décohérence La superposition est détruite par l'environnement N'explique pas le choix final
Mondes multiples Les deux états existent, en univers séparés Invérifiable, peu économe

Aucune n'est « la bonne » de façon consensuelle : le débat reste ouvert, ce qui en dit long sur la difficulté du problème.

Des analogies du quotidien (et leurs limites)

Pour saisir la superposition, on peut s'appuyer sur des images — à condition de garder en tête qu'elles sont imparfaites.

  • La pièce qui tourne : une pièce lancée en l'air n'est ni pile ni face tant qu'elle tourne. Mais attention : ici, la pièce a déjà une valeur cachée, alors qu'en quantique, l'état n'existe vraiment pas avant la mesure.
  • Le sondage non dépouillé : tant que les bulletins ne sont pas comptés, le résultat est « indéterminé ». Là encore, la limite est que le vrai résultat existe déjà, contrairement à la superposition.

C'est précisément ce qui rend le quantique déroutant : aucune métaphore classique ne capture totalement l'idée qu'un système n'a pas de valeur définie avant d'être mesuré.

Ce que le chat nous apprend vraiment

La morale n'est pas que « tout est bizarre en physique ». C'est plus subtil : une théorie peut être extraordinairement précise dans ses prédictions tout en restant énigmatique sur sa signification. La mécanique quantique n'a jamais été prise en défaut expérimentalement, et pourtant nous débattons encore de ce qu'elle raconte sur la réalité.

Le chat de Schrödinger reste, près de quatre-vingt-dix ans plus tard, le meilleur raccourci pour poser une question simple et vertigineuse : où s'arrête le monde quantique, et où commence le nôtre ? La science avance, notamment grâce à la décohérence et aux expériences sur des objets de plus en plus gros — mais la frontière exacte n'est toujours pas tracée.

Cet article vise à expliquer une notion de physique fondamentale de façon accessible. Les interprétations de la mécanique quantique font l'objet de débats scientifiques actifs ; pour approfondir, reportez-vous à des ouvrages de vulgarisation rigoureux ou aux ressources de référence en physique.

Questions fréquentes

Le chat de Schrödinger a-t-il vraiment existé ?

Non. Aucun chat n'a jamais été enfermé : c'est une « expérience de pensée », un raisonnement mené sur le papier pour exposer un problème de logique. Schrödinger l'a décrite en 1935 dans un article théorique, sans aucune intention de la réaliser.

Pourquoi le chat est-il dit « à la fois mort et vivant » ?

Parce que le sort du chat dépend d'un atome radioactif décrit comme une superposition de deux états (désintégré et non désintégré). En appliquant naïvement les équations à l'objet macroscopique, le chat hériterait de cette double possibilité tant que personne n'a regardé.

Qui « observe » dans l'expérience ? Faut-il un humain ?

C'est le cœur du débat. Selon les interprétations, l'observation peut être n'importe quelle interaction qui couple le système à son environnement (décohérence), pas nécessairement un être conscient. L'idée d'un observateur humain indispensable est largement contestée aujourd'hui.

La superposition existe-t-elle vraiment en laboratoire ?

Oui, pour des objets microscopiques (atomes, photons) et même de petites molécules, la superposition est mesurée et exploitée, notamment dans les ordinateurs quantiques. En revanche, elle n'a jamais été observée pour un objet aussi gros qu'un chat.

Quel rapport avec le paradoxe EPR ?

Les deux datent de 1935 et expriment le malaise de plusieurs physiciens face à l'interprétation standard. Einstein, Podolsky et Rosen visaient l'intrication ; Schrödinger, lui, a mis en scène l'absurdité d'étendre la superposition au monde macroscopique.

Hugo Mollet
Hugo Mollet

Fondateur & directeur de la publication

Fondateur de Booksmag et directeur de la publication du média. À la tête de la société éditrice IDAX, il pilote la ligne éditoriale et veille à des contenus clairs, utiles et honnêtes.

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